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Publié : 16 septembre 2010

Module Lettres / Philosophie en terminale Bac Pro

Bilan de l’année 2009-2010

Troisième et dernière année de l’expérimentation d’un module de culture générale associant l’enseignement des lettres et de la philosophie en baccalauréat professionnel - Bilan de l’année 2009-2010

Expérimentation d’un module de culture générale associant l’enseignement des lettres et de la philosophie en baccalauréat professionnel

Bilan de la troisième et dernière année d’expérimentation (2009-2010)

RAPPEL
L’objectif de l’expérimentation est de contribuer à augmenter le taux de poursuite d’études des bacheliers professionnels en STS, conformément à l’un des axes du projet académique 2007-2010 (Axe 1-3). Ces bacheliers montrent des faiblesses dans la maîtrise des concepts, de l’analyse et de l’argumentation, c’est pourquoi un professeur de philosophie est sollicité. Les modalités de l’expérimentation consistent à associer des heures d’enseignement philosophique à l’enseignement du professeur de lettres-histoire. Le professeur de philosophie a travaillé dans le cadre du programme de lettres-histoire des terminales à titre de complément.

L’EXPÉRIMENTATION DE L’ANNÉE 2009-2010
Trois lycées professionnels ont cette fois-ci accepté de participer à l’opération. Dans deux établissements (Modeste Leroy et Ferdinand Buisson), conformément au principe général de cette expérimentation, le contenu des séances a été décidé conjointement par les professeurs des deux disciplines, certaines de ces heures étant conduites par l’enseignant de lettres seul, d’autres par l’enseignant de philosophie mais en présence du professeur de lettres, qui reste le référent auprès des élèves dont il a la charge. Dans un établissement (Marcel Sembat), le professeur de philosophie a dispensé seul son enseignement, l’accord des emplois du temps entre les professeurs de lettres et de philosophie n’ayant pu s’effectuer.

LYCÉE M. LEROY D’EVREUX
Terminale MEI (Maintenance des Equipements Industriels) 12 séances d’une heure tous les 15 jours.
La 1ère séquence (4h) a porté au 1er trimestre sur la notion de vérité, en rapport avec l’argumentation en français. L’outil pédagogique est le questionnaire du "jeu de la vérité" à partir duquel on interroge les élèves sur différentes assertions pour qu’ils finissent par distinguer les jugements de goût, de vérité, moraux, politiques … et leur niveau respectif de légitimité démonstrative.
La 2me séquence (4h) a porté sur l’art, à travers une étude de l’image au programme de français. Elle s’est appuyée sur deux visites de musée et l’analyse d’œuvres d’art. Cette séquence a eu pour fin de poser des distinctions conceptuelles centrales (nature du jugement esthétique par rapport à d’autres formes de jugement, distinction entre l’art et la technique) et d’aider les élèves à dépasser leurs a priori sur le sentiment esthétique.
La 3ème séquence (4h) a porté sur la liberté, dans le cadre d’un travail sur l’antihéros dans le roman policier moderne, et sur le film The Truman show de P. Weir, pour mener une interrogation sur les conditions de la liberté, la place d’autrui, le rôle du désir, de la volonté, du destin.

Terminale IG (Industrie graphique) 12 séances à raison d’une heure tous les 15 jours.
Les deux premières séquences ont, elles aussi, porté sur la vérité et l’art selon les modalités susdites.
La 3ème séquence a porté sur la question de la nature humaine par une étude de la controverse de Valladolid (texte et film), une étude du film de Truffaut, L’enfant sauvage, et l’analyse de textes de Lévi-Strauss et de M. Mauss.

L’évaluation dans les deux classes s’est faite sur l’art seulement, faute de temps. Il s’agissait de répondre par écrit à quelques questions centrales sur un texte de Kant distinguant le beau de l’agréable, à des questions historiques sur une image de la Vénus de Milo, et de composer un écrit pour défendre le choix d’une œuvre à placer dans le hall du lycée.

LYCEE F. BUISSON d’ELBEUF
Deux classes de BS (Bureautique Secrétariat), avec, pour chacune, 2 séquences de 5heures.
La 1ère séquence a porté sur les notions de vrai/faux/réel par un traitement de la philosophie et de la vérité, l’autonomie intellectuelle par une étude du film de Sydney Lumen, Douze hommes en colère.
La seconde séquence a traité de Dire et faire, par un traitement du conformisme social, ayant pour supports la célèbre expérience de Milgram sur la soumission mentale et la vision du film de P. Weir, The Truman show.

L’évaluation a consisté en 2 exercices écrits : les élèves ont été invités à répondre à des questions sur un texte de Platon distinguant l’art de convaincre et l’art de persuader ; et à répondre à la question : en quoi Le Truman show est-il immoral ?

LYCEE M. SEMBAT de SOTTEVILLE
Cours de philosophie en autonomie, 1 h hebdomadaire toute l’année en ELEC (électricité) et 1h par quinzaine toute l’année en SEN (systèmes numériques).
Dans le cadre du futur programme de français portant sur les philosophes des Lumières et le combat contre l’injustice (en classe de 1ère) et sur identité et diversité (en classe terminale), le professeur a choisi de travailler sur la religion, pour traiter de la tolérance et du politique. Le professeur, après avoir traité du projet mis en œuvre et exposé ce que sont une problématique et un concept en philosophie, a choisi de faire étudier le bouddhisme, le film de Ken Loach, Le jour se lève, et des textes philosophiques fondamentaux concernant la religion (Spinoza, Bayle, Locke, Voltaire).
Il n’y a pas eu d’évaluation à proprement parler, faute d’une association avec le professeur de lettres, mais des exercices continus tout au long des séances, portant sur les liens entre le mot religion et d’autres termes du même champ, sur le film (questions historiques et philosophiques), sur les textes (questions sur la thèse, l’argumentation....)

BILAN GÉNÉRAL DE L’EXPÉRIMENTATION

A Modeste Leroy et à Ferdinand Buisson, les professeurs de deux disciplines ont pu coopérer d’une façon fructueuse qui a permis d’éclairer des notions du programme de français par des approches croisées. Les thèmes et les supports retenus ont fait l’objet d’un vrai choix commun quoiqu’ils aient été traités avec les moyens propres à chaque discipline, ce qui fut enrichissant pour les élèves. Le bénéfice du cours de philosophie par rapport aux objectifs recherchés a nécessité l’invention d’outils formatifs et d’évaluation inédits et appropriés. Il faut se réjouir de voir des professeurs de différentes disciplines et qui travaillent dans des types de lycées si différents s’investir dans cette expérimentation qui a supposé de surmonter divers obstacles : compétences distinctes des professeurs, élèves inconnus du professeur de philosophie, absence de précédent pédagogique précis (les expérimentations en lycée professionnel ayant plutôt consisté à transposer l’enseignement habituel de la philosophie de LGT en lycée professionnel), réticence vraisemblable des professeurs de lettres-histoire géographie pouvant craindre de voir un jour la philosophie se substituer à leur enseignement, réticence des professeurs de philosophie pour la même raison…Tous ont saisi l’enjeu de l’expérimentation, ce dont il faut les remercier.
Cette dernière année, comme les années précédentes, une poignée (moins de 5) de bacheliers était passée en STS. Ils ont rencontré les difficultés habituelles constatées par leurs professeurs de STS : rédaction maladroite, conceptualisation et argumentation à peine esquissées dans le meilleur des cas. Néanmoins, en terminale, le réinvestissement du cours dispensé apparaît dans une bonne partie des copies à l’écrit et, à l’oral, les élèves sont à l’aise, toujours intéressés par le contenu des séances. Ainsi, tous les professeurs s’accordent à constater que l’association lettres- philosophie a manifestement contribué à faire mûrir les élèves sur plusieurs plans (prise de parole argumentée, découverte de concepts majeurs, dépassement critique d’opinions passe-partout, confiance en soi…)
L’équipe de Modeste Leroy, dont il faut souligner la remarquable implication, a choisi de continuer ce travail commun et le professeur de Marcel Sembat s’efforcera de s’associer au professeur de lettres et/ou d’intervenir dans le cadre l’accompagnement personnalisé.

P. La Marne (IA-IPR de philosophie), J.-C. Planche (IEN de lettres-histoire 2nd degré)
21 août 2010